Loukia Kotronaki-Serafim Seferiades, « Sur les sentiers de la colère : L’espace-temps d’une révolte (Athènes, décembre 2008) »

par panos

Loukia Kotronaki–Serafim Seferiades, « Sur les sentiers de la colère : L’espace-temps d’une révolte (Athènes, décembre 2008) », Actuel Marx, no 48, PUF, 2010, pp. 152-165 (gr-fr)

(Λουκία Κοτρωνάκη–Σεραφείμ Σεφεριάδης, « Στα μονοπάτια της οργής. Το χωροχρονικό μιας εξέγερσης (Αθήνα, Δεκέμβριος 2008) ». Το κείμενο αποτέλεσε εισήγηση των συγγραφέων στο Διεθνές Συνέδριο « Εξεγερσιακές συλλογικές δράσεις σε συγκριτική προπτική », Αθήνα, Πάντειο Πανεπιστήμιο, Δεκέμβριος 2009, και δημοσιεύτηκε μεταφρασμένο στα γαλλικά στη διεθνή επιθεώρηση Actuel Marx)

traduction Panos Angelopoulos

ISBN 9782130579977

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Le 6 décembre 2008, peu après 21 h 00, Alexandros Grigoropoulos, un élève de 15 ans, est assassiné par un agent des forces de l’ordre spéciales à Exarcheia, en plein centre d’Athènes. Le soir même, l’École polytechnique et la faculté de droit sont occupées et de violents affrontements avec la police éclatent. Progressivement, un esprit de révolte se répand dans tout le pays, tandis qu’au niveau international, on craint l’exportation des « émeutes grecques » à d’autres pays.

Tout en considérant que les événements qui ont vu le jour en Grèce sont une expression significative de la politique conflictuelle (Contentious Politics), nous chercherons, dans ce texte, à les mettre en valeur et à en tirer un bilan théorique. Ce faisant, nous verrons que les outils conceptuels existants, tout en étant utiles, voire indispensables à une première lecture des « événements de décembre », présentent certaines lacunes que la réflexion sur le cas grec peut combler. Le premier problème est donc d’ordre conceptuel. Des événements similaires sont habituellement qualifiés d’« émeutes », c’est-à-dire comme l’expression routinière d’un répertoire indifférencié d’actions violentes. Mais existe-t-il une définition bien précise des « émeutes » ? Notre première tâche théorique sera de définir cette forme cruciale de la politique conflictuelle, ainsi que d’évaluer sa pertinence conceptuelle à propos du « cas grec ». Disons-le d’emblée : une fois définie, la notion d’« émeute » s’avère insuffisante pour une interprétation théorique des événements en question ; d’où la nécessité de la compléter.

Le « décembre grec » n’a pas été une simple émeute, mais une forme revendicative particulière – et jusqu’alors théoriquement peu explorée – que nous qualifions d’action collective insurrectionnelle (ACI). Le facteur différentiel déterminant se trouve, selon nous, dans le processus de diffusion des actions émeutières à une échelle sociogéographique beaucoup plus ample que leur foyer de déclenchement. Pour étudier ce processus de diffusion, nous insisterons sur trois dimensions de la politique conflictuelle, jusqu’alors opaques, à savoir les dimensions émotionnelle, spatiale et temporelle.

Définir les émeutes, expliquer l’action insurrectionnelle 

« Les émeutes ne sont certainement pas des campagnes préélectorales, et cela est bien connu, autant de ceux qui y participent que des autorités », notent Piven et Cloward[i]. Mais qu’est-ce qu’une émeute ?

Définissant préalablement les émeutes comme les expressions collectives imprévues et épisodiques qui rompent avec la normalité des représentations de la scène publique et qui font émerger sur l’arène politique de manière transgressive un rapport historique de violence endémique entre une population particulière et les agents répressifs, nous allons tenter de dévoiler les traits spécifiques de ce répertoire particulier de revendication collective. Le point commun à toute émeute est son déclenchement imprévu. Même si la dynamique du parcours émeutier est (historiquement) assez longue, les émeutes prennent la forme d’explosions, de moments culminants d’une relation conflictuelle sous-jacente, sans « mémoire » et, souvent, sans lendemain.

Pour s’approcher de cet aspect imprévisible dans l’espace et le temps, il nous semble pertinent de faire appel aux élaborations théoriques de Benford et Hunt[ii], ainsi qu’à l’analyse synthétique de la théorie de l’attente et du concept de quotidien[iii]. La conjonction de frustrations imposées de manière imprévisible (notion de quotidien imprévu) et de la non-attente d’un avenir meilleur semble encourager l’émergence de l’action colérique et explosive sur la scène publique, voire la mise en œuvre de pratiques émeutières.

Un deuxième trait caractéristique de l’action émeutière est qu’elle éclate souvent en interaction avec la police, et, plus précisément, à la suite d’un événement non normalisé de violence répressive. On entend par là un type d’événement répressif qui n’est pas assimilé et inscrit dans l’imaginaire collectif en tant qu’expression conventionnelle et/ou convenue du « répertoire répressif »[iv] et qui met en question autant les schémas d’injustice tolérée que les « routines contestataires ». Ces actions répressives non normalisées s’amorcent en politisant prématurément la colère et opèrent comme des catalyseurs par excellence de la libération cognitive[v], processus capital à l’émergence de la politique conflictuelle.

Alors que, dans la plupart des actions collectives qui prennent la forme de mouvements, les « matières premières » sont à la fois la colère et l’attente d’un changement via l’action collective, dans le cas des émeutes, les répertoires de revendication établis semblent privés d’espoir. Quelques slogans scandés en décembre peuvent en témoigner : « Mort à 15 ans, la haine grandissante ; flics, porcs, assassins », « Ceci est le juste, ceci est le correct, que Couillias meure par ricochet »[vi], « Grèce ! Des flics et des mouchards, des tortionnaires et des assassins ».

Un troisième trait propre aux émeutes est donc la colère sans espoir de changement dans l’avenir. Selon McAdam et Aminzade[vii] cette colère privée d’espoir aboutit rarement à la coordination d’actions collectives organisées. En revanche, elle semble privilégier la mise en œuvre d’autres pratiques de résistance (souvent individuelles) et/ou des actions de mécontentement purement impulsives.

De ce point de vue, il n’est pas surprenant qu’au cours de moments conflictuels tels que le « décembre grec », les formes spontanées de coordination deviennent dominantes. Le processus de mise en marche de ces actions spontanées est enclenché par la rencontre de groupes formés ad hoc et de réseaux de challengers préexistants. Ces derniers, dans la foulée des événements, s’engagent dans un processus de liquidation conjoncturelle de leurs frontières identitaires pour agir en tant qu’incitateurs du spontané[viii]. Peut-être est-ce la raison pour laquelle, le plus souvent, les actions ne sont pas menées à l’initiative d’organisations (plus ou moins formelles), mais par des regroupements plus souples, dont l’axe de convergence est le contenu et l’intensité disruptive des actions conflictuelles.

Un quatrième élément est celui de la dramaturgie (symboliquement) violente des événements qui tissent la temporalité active[ix] des émeutes. L’expérience de décembre est exemplaire à cet égard. Elle passe en effet par le saccage de grandes surfaces, l’incendie et la détérioration d’agences bancaires, des affrontements avec la police et l’attaque symbolique de commissariats de police dans toutes les grandes villes du pays. Ces actions ne sont pas seulement des expressions publiques et collectives d’une opposition aux institutions, notamment aux institutions de la répression et du contrôle social. Elles sont aussi des formes de rupture symbolique avec les normes culturelles dominantes (consumérisme, fraude), autant que l’expression d’une opposition aux représentants sociaux du statu quo et de l’ordre moral. Sur les murs des banques, on peut ainsi lire des slogans tels que « Burning and looting », « Fin de la discipline, début d’une vie magique », « Va travailler, va consommer, va mourir »…

Même si le « décembre grec » réunit tous les caractéristiques que nous venons de citer, de sorte qu’elles « orchestrent les répertoires des émeutes », son fil de conflictualité ne se déploie pas seulement par des rituels violents, mais aussi par d’autres actions brisant la surface de la légalité (formes transgressives). Il s’agit de formes sporadiques qui rompent avec les routines quotidiennes et les certitudes conventionnelles et qui amènent sur le devant de la scène revendicative de nouveaux agents et de nouvelles revendications[x]. Le paradigme conflictuel de décembre reflète et élargit cette thèse. Occupation des mairies, des stations de radio et des facultés, siège des commissariats de police, des tribunaux et des établissements pénitentiaires, sit-in et blocage des rues se succèdent quotidiennement à l’initiative de jeunes gens « non encartés », de groupes d’élèves, d’immigrés de la deuxième génération, de précaires, autrement dit de « nouveaux venus » protestataires.

La combinaison de la mise en scène d’actions innovantes qui déplacent les frontières de la revendication légale ; de la diffusion géographique des émeutes à l’échelle nationale ainsi qu’au niveau international, notamment par le biais des actions de solidarité ; de l’implication dans ces actions de catégories sociales antérieurement inactives et de la réactivation de cellules revendicatives préexistantes mais latentes ; de la polarisation contre le système des élites politiques institutionnelles (y compris les partis de gauche, qui, même dans les cas où ils n’ont pas dénoncé et stigmatisé les pratiques collectives et les acteurs de la révolte, ont eu tendance à assimiler les revendications insurrectionnelles à leurs programmes préexistants ou à les « normaliser » au titre d’explosion de la jeunesse) ; de la généralisation de la contestation au-delà des « limites catégorielles » de la police, et jusqu’au noyau moral et normalisant de l’ordre établi : voilà qui est habituellement absent des simples émeutes, marquées par leur dimension locale et peu diffuse. De telles caractéristiques font de ces événements une réalité de la politique conflictuelle en grande partie originale, une réalité qui échappe aux cadres d’analyse existants. C’est cette réalité qui nous invite (sinon nous oblige) à mobiliser un autre modèle d’action conflictuelle : l’action collective insurrectionnelle.

Nous considérons que l’interprétation et la mise en valeur de ce modèle de politique conflictuelle doivent s’effectuer à la lumière de trois dimensions habituellement occultées : la dimension émotionnelle, la dimension spatiale et la dimension temporelle.

La conflictualité des émotions 

Si des actions collectives déclenchées dans un lieu précis peuvent, à certaines conditions, engendrer une série de dynamiques conflictuelles[xi], nous considérons que l’élément décisif pour la compréhension du « transfert » de conflictualité se trouve tout autant dans les effets émotionnels engendrés par la publicisation d’un événement non normalisé de violence répressive, en l’occurrence l’assassinat d’un élève de nationalité grecque, symboliquement « innocent », au centre d’Athènes, que dans la dynamique médiatique des signifiants de la dramaturgie conflictuelle.

La nouvelle de la mort de Grigoropoulos a été diffusée très rapidement, tant par les médias formels et les réseaux alternatifs que par le bouche à oreille, parmi les habitants plus ou moins politiquement actifs d’Exarcheia. Le fait que, dans ce quartier, préexiste une grille émotionnelle d’interprétation des événements forgée au cours d’une longue expérience de répression et de résistances locales constitue un premier élément d’explication de la rapidité du déclenchement de l’action conflictuelle. Le processus décisif d’incitation à l’action, émanant d’une attribution d’un signifiant de menace[xii], ne relève pas de l’implication des organisations équipées de ressources organisationnelles, mais plutôt des « ressources identitaires et symboliques » et des « constantes émotionnelles » intériorisées (le « nous collectif » versus « les ennemis ») d’une anthropogéographie politique spécifique incluant, entre autres, l’opposition « liberté versus répression ».

L’identité des incitateurs du spontané est significative : groupes anarchistes, réseaux de la gauche radicale, coordinations étudiantes formées pendant les grandes mobilisations de 2006, immigrés de la deuxième génération et organisations politiques de gauche. La formation de ce « nous » conflictuel s’effectue clairement par opposition à la police comme nous pouvons l’observer non seulement à travers le matériel des anarchistes et des militants d’extrême gauche, mais aussi à travers les tracts produits par les immigrés. Nous citons ici un texte publié par l’Espace des immigrés albanais : « Maintenant, c’est à la rue de parler. Son cri est le cri des 18 ans de violence, de répression, d’exploitation, d’avilissement… le cri pour les centaines d’immigrés assassinés aux frontières, dans les commissariats de police, sur les lieux de travail. Ces jours-ci sont aussi les nôtres… »

De son côté, le Parti communiste grec (KKE), organisme politique aux ressources organisationnelles importantes, non seulement ne participe pas à la phase initiale de l’émergence de la révolte, mais, même pendant la phase de sa diffusion sociogéographique, soutient que « cette révolte est l’œuvre des provocateurs et guidée par des forces étrangères obscures »…

Mis à part les schémas d’interprétation de la répression, un autre élément d’importance capitale a été la préexistence de ponts de solidarité parmi les acteurs du conflit. Nous pouvons supposer qu’en l’absence de tels liens, la nouvelle de l’assassinat aurait été perçue comme un « événement isolé » donnant lieu à une paralysie et non à des actions de révolte.

Les liens de solidarité préexistants et les relations interpersonnelles atypiques entre des groupes anarchistes et la constellation de l’extrême gauche et de la gauche libertaire sont un facteur décisif de compréhension et d’explication de la participation massive aux premières actions conflictuelles. Il faut ajouter que les rapports entre les organisations politiques du quartier et les forces de la gauche institutionnelle (SYRIZA) ont fonctionné conjoncturellement comme le vecteur de transfert de l’information, mais aussi de l’impératif moral d’action. La certification initiale[xiii] de l’expression de la colère comme corollaire de l’arbitraire policier par une organisation de la gauche institutionnelle a fonctionné comme un catalyseur, sinon de la diffusion de l’action insurrectionnelle, du moins de sa justification au-delà de la scène locale. Les rapports de solidarité et les structures issus des mouvements revendicatifs récents ont été rapidement réactivés pour faciliter la coordination. L’occupation de la faculté de droit, de l’École polytechnique et de l’École supérieure d’études économiques et commerciales et la formation des comités issus des assemblées générales se sont transformées en nouveaux espaces de conflictualité parallèle, amorçant, à leur tour, un processus d’invention de nouveaux événements conflictuels.

Toutefois, les foyers de solidarité et les parcours revendicatifs parallèles ne peuvent expliquer l’ampleur sociogéographique de l’esprit insurrectionnel que si nous prenons en compte deux variables éminemment émotionnelles : d’une part, le choc moral[xiv] de l’assassinat, et, d’autre part, la dynamique émotionnelle et médiatique que les rituels conflictuels existants ont eu sur un processus de renforcement identitaire.

Imprévu, impensable et non normalisé, l’événement de la répression policière a été perçu comme un outrage ultime. Au personnage dramatique, Alexis, peuvent s’identifier tant des membres de la même catégorie démographique (jeunes adolescents, élèves) que des pans de population qui subissent systématiquement les conséquences de l’injustice généralisée sous la forme de la répression étatique (surtout les immigrés, mais aussi les « acteurs conflictuels habituels »). Par ailleurs, le cadre d’injustice désigne un auteur et instigateur concret (l’agent des forces spéciales, Korkonéas), et non une catégorie abstraite (le néolibéralisme ou la répression en général). La personnalisation du crime constitue un levier important à la mobilisation de la colère.

L’effigie des identifications possibles se forme en fonction du cadre de l’injustice. C’est en ce sens que l’impératif moral d’incitation à l’action conflictuelle peut gagner du terrain. Le fait que l’« événement » ait lieu dans un contexte d’attentes sombres, sinon inexistantes, dans un contexte politique et historique d’accentuation de la pauvreté (également à cause de la crise économique et financière mondiale), de délégitimation du pouvoir public et politique (en raison des scandales successifs), d’intensification de l’autoritarisme politique et de restriction des libertés sociales et politiques favorise l’alignement du mécontentement ambiant sur une seule et commune définition de la condition sociale. Or, cette dernière suggère, même si ce n’est que conjoncturellement, un « autre » modèle pour faire de la politique : l’action insurrectionnelle.

L’ampleur et l’hétérogénéité sociales de ceux qui soutiennent l’expression conflictuelle de décembre sont en grande partie dues à la conviction largement partagée que les pratiques insurrectionnelles deviennent, conjoncturellement, justes et légitimes. Mais l’expansion d’une telle conviction n’advient pas de manière « iconoclaste ». La dynamique des actions conflictuelles serait sans doute différente si le processus de dramatisation du conflit prenait une autre forme. Considérant les rituels conflictuels comme moyens de dramatisation d’une injustice existante, nous pensons que, dans le cas en question, ils ont eu pour effet :

• de participer à l’émergence et à l’accentuation de l’opposition aux représentants du « contrat social », ainsi qu’aux modes et modèles de vie quotidienne (système bancaire, autorités policières, élites politiques, représentants des intérêts du patronat, voire représentants de la bureaucratie syndicale) ;
• de stimuler le regard des médias, insensible et accoutumé à la routine revendicative ;
• de mettre à la disposition des « inactifs » de nouveaux modèles d’action conflictuelle dans un contexte où des pans entiers de la population sont exclus de la revendication institutionnelle et où les répertoires de la contestation institutionnelle excluent la conflictualité ;
• d’approfondir le schisme identitaire (le « nous » versus « nos ennemis »).

Ces dimensions permettent de comprendre comment et pourquoi, dès lundi matin, deux jours après l’assassinat, dans toutes les villes du pays, les collégiens et les lycéens, sans aucune expérience préalable d’engagement politique et sans expérience militante, se sont mis à assiéger les commissariats de police, au moment même où les médias diffusaient le « constat » que « la Grèce s’est transformée en un immense territoire d’action des encagoulés d’Exarcheia ». Ainsi il serait impossible de comprendre comment et pourquoi les répertoires conflictuels ont été, et continuent d’être, des répertoires proto-politiques[xv], c’est-à-dire des modèles collectifs d’une négociation impérative, ici et maintenant, de proto-revendications non négociables, tel l’espoir en la vie.

Les conditions spatiales de l’explosion

L’espace joue un rôle central pour la politique conflictuelle, surtout lors des périodes d’action collective insurrectionnelle[xvi]. D’où la nécessité de procéder à une analyse spatiale.

Dimension omniprésente et formatrice des attitudes et des inclinations politiques, l’espace constitue une ressource mobilisatrice décisive pour la prise en charge et l’efficacité des actions conflictuelles. La formation des espaces conflictuels :

• favorise l’effervescence politique exquise afin de contrebalancer le coût (objectif) de la participation à un événement conflictuel qui comprend notamment des affrontements avec des forces répressives matériellement supérieures[xvii],
• forme des « milieux » politiques d’osmose, d’alimentation et de réanimation de l’élan conflictuel à l’abri de la surveillance policière,
• favorise la communication politique entre individus et groupes,
• et crée les conditions d’émergence des cultures conflictuelles spatialement déterminées.

Pourtant, une condition préalable pour que l’espace devienne une ressource insurrectionnelle est que des réseaux d’acteurs lui attribuent certaines significations, qu’ils le revendiquent et se l’approprient à travers des confrontations avec les représentations sociales et les schémas éthiques routiniers. Cela implique des espaces locaux (espaces de sociabilité, de rencontres, de loisir, etc.) susceptibles d’abriter et de nourrir une culture conflictuelle.

Tous les aspects que nous venons de citer se trouvent illustrés à Exarcheia, ce quartier central d’Athènes qui a fonctionné comme le foyer de la révolte de décembre et qui est indissociablement lié à des événements majeurs de l’histoire contemporaine grecque. Quartier d’étudiants, d’artistes, d’intellectuels et de cadres politiques[xviii], avoisinant quatre grandes facultés historiques (École polytechnique, faculté de droit, faculté de chimie, École supérieure des sciences économiques et commerciales) et situé à proximité du centre administratif de la capitale, il accueille un grand nombre d’« espaces politiques » autogérés, notamment des mouvances anarchiste, libertaire et d’extrême gauche, mais aussi des bureaux de députés et d’ONG, ainsi que maints espaces de loisir et de production artistique d’avant-garde, souvent incompatibles avec l’imaginaire conventionnel et les schémas interprétatifs dominants.

Il est toutefois surprenant que ce quartier chargé de mémoires revendicatives soit devenu un lieu de bataille de significations à propos de son identité. Malgré un taux de criminalité particulièrement faible, il est qualifié d’« état indépendant », « fief des anarchistes et des bandits », « quartier de non-droit », « centre de délinquance et de drogue »[xix]. Il est également le lieu d’action privilégié d’un dispositif policier d’ampleur qui lui donne souvent l’apparence d’un territoire « sous occupation » policière. De ce point de vue, l’assassinat de Grigoropoulos n’a été que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.
Mais la culture politique conflictuelle d’Exarcheia ne se forme pas que d’une manière négative, comme réaction-résistance à l’arbitraire policier. La coprésence et la profusion des organisations et des réseaux politiques de gauche y créent un élan social et politique capable de réactualiser et de revivifier les idéaux et les pratiques d’une organisation alternative de la société et du quotidien. La solidarité spatiale renvoie à la dimension de formation de classe que Katznelson[xx] a décrite comme « dispositions partagées », c’est-à-dire comme un processus de formation des codes et des langages cognitifs et éthiques qui cartographient l’expérience vécue et définissent le contenu du possible politique et social. Dans le cas d’Exarcheia, ce processus prend la forme d’une coordination des actions communes menées contre la présence policière, de la création de comités et d’assemblées atypiques de citoyens, d’une entreprise de maillage politique et social… C’est cette identité collective spatiale qui explose le soir de l’assassinat, pour former un front éthico-politique sans faille et semer les grains de la colère à une échelle très large.

Selon la théorie classique de la diffusion de la conflictualité[xxi], le transfert du message politique dépend des rapports possibles entre l’émetteur et le récepteur en question. Malgré ses vertus, une telle perspective néglige les facteurs de « vivacité » et d’« efficacité » (robustness) de l’émetteur. Sur le plan de la communication, des dispositions et des attitudes, la vivacité du signal émis par Exarcheia la nuit du 6 décembre a été catalytique.

Mais la vivacité du signal émis ne devient un élément crucial que dans la mesure où les conditions de sa réception s’avèrent favorables. Cela conduit notre réflexion à la question de la formation urbaine de la ville d’Athènes, notamment à la dimension de la géographie urbaine dans la dynamique conflictuelle. Prolongeant les réflexions des pionniers du genre[xxii], Roger Gould[xxiii] a montré que la transformation urbaine de Paris au XIXe siècle a créé en 1871 les conditions d’émergence d’une identité spatiale conflictuelle complètement absente de la révolte de 1848. Comment cette dimension est-elle présente dans l’expérience d’Athènes ?

Sans ressembler au modèle d’inner city anglo-saxon, le centre d’Athènes est déserté par les classes moyennes supérieures. Par ailleurs, il conserve toutes les mémoires spatiales d’une longue et vive tradition conflictuelle[xxiv]. Une partie du centre athénien accueille également, dans des conditions très souvent déplorables, des populations de nouveaux migrants. Ces espaces et ces modes de vie s’opposent dramatiquement au paysage luxueux du centre administratif et commercial de la capitale. La vivacité du message émis par Exarcheia y a ainsi trouvé un terrain fertile pour sa propagation.
Mais le « décembre grec » n’a pas été seulement un événement du centre d’Athènes, et nous savons que d’autres émeutes déclenchées à la suite d’agressions policières (comme l’assassinat par la police de Michalis Kaltezas, également âgé de 15 ans, en 1985) n’ont pas conduit à des actions insurrectionnelles. En mettant en valeur l’importance de la dimension spatiale pour le déclenchement et les suites de l’explosion de l’action insurrectionnelle, nous sommes obligés d’en rappeler aussi les limites : si les conditions spatiales ont été nécessaires à l’émergence des actions de révolte, elles n’ont pas été suffisantes. Il est évident qu’une analyse pertinente des événements de décembre implique la prise en compte d’une longue série de facteurs explicatifs : la crise économique et la précarité généralisée, la crise de légitimité du système politique contre lequel agissent les acteurs insurrectionnels, la répression provocatrice de l’État… Une telle analyse passe donc nécessairement par l’évaluation matérielle de l’environnement politique conjoncturel. Et rappelons que notre but théorique n’est pas de se substituer à ce type d’approches mais de les compléter. C’est dans la même démarche qu’il faut aborder la dimension temporelle.

Les temporalités de la séquence insurrectionnelle

Le caractère, le rythme et la dynamique des phénomènes conflictuels dépendent en grande partie du timing de leur séquence : le cours des événements aurait été différent si leur enchaînement l’avait été. Selon Myers et Oliver[xxv], « une action modifie la possibilité de manifestations d’actions suivantes ». Dans ce cadre, le concept d’événement critique ou transformatif prend un sens particulièrement important. Il s’agit des moments denses, discontinus, qui interviennent dans le flux de la conjoncture tout en ayant des effets structurels multiples – y compris des changements de ce qui est considéré comme une forme d’action normale[xxvi]. Les événements transformatifs constituent des « entraves disruptives, et rompent avec les convictions relatives à la normalité des rapports sociaux et politiques établis »[xxvii], intensifient l’incertitude et les flux émotionnels – l’espoir chez les insurgés, la peur et la colère chez leurs opposants – et imposent des nouveaux schémas d’interprétation de la réalité et des actions politiques.

Nous abordons le timing des « jours de décembre » sous deux aspects complémentaires. Le premier concerne l’enchaînement d’événements critiques qui ont contribué à la diffusion des actions insurrectionnelles à la suite de l’assassinat, ainsi que les facteurs qui ont contribué à leur déclin progressif. Le second, plus macroscopique et relatif à l’avenir, exploite la possibilité que décembre puisse constituer un événement transformatif pour la politique conflictuelle, en Grèce.

Les événements critiques. Si un événement non normalisé de violence répressive, à savoir l’assassinat de Grigoropoulos, a constitué un facteur majeur de l’émergence de l’action insurrectionnelle, le timing des effets engendrés par cet événement aura été décisif. Peu après la publicisation de l’événement traumatique, les premières actions militantes voient le jour : rassemblements, manifestations et occupations combatives. Nous avons toutes les raisons de croire que la suite des événements aurait été différente si les réactions n’avaient pas été aussi immédiates.

Les réseaux politiques, vecteurs de la dynamique conflictuelle, se mobilisent également dès le lendemain. La manifestation du dimanche 7 décembre, organisée par le biais des réseaux, des contacts personnels, d’Internet et des SMS, est marquée par trois événements critiques qui ont – selon leur forme propre – contribué à la diffusion de la conflictualité.

Le premier élément réside dans l’attitude ambiguë de la police : très discrète au début, elle finit par faire un usage abusif de gaz lacrymogène, ainsi qu’à commettre des actes d’intimidation par l’usage d’armes. Cette attitude amplifie la colère des manifestants et, tout en étant considérée comme le signe d’un embarras stratégique, elle est perçue comme une « opportunité politique » originale. Le deuxième élément concerne la participation – timide au début, plus « extravertie » par la suite – des immigrés de deuxième génération aux actions conflictuelles. Cette participation, qui a un poids symbolique important, évoque le potentiel conflictuel de cette population en colère. Le troisième événement est le déclenchement simultané d’actions similaires dans plusieurs grandes villes du pays. L’effet en retour de ce sentiment de révolte généralisée devient, au moins conjoncturellement, un facteur crucial de sa propagation.

Le lundi 8 décembre est une date charnière pour la diffusion insurrectionnelle. Les élèves se mobilisent spontanément tout en amplifiant et en intensifiant les actions déjà engagées. Le caractère massif et la charge éthique de leur participation contribuent à la concrétisation du sentiment diffus de colère en lui donnant l’aspect d’un impératif moral. Le comble de l’éveil conflictuel de ce lundi est atteint avec la manifestation massive de l’après-midi, où l’indignation explose. Des émeutes, des saccages, des pillages, des attaques de bâtiments administratifs et des affrontements violents avec la police se succèdent jusqu’à l’aube et dans un périmètre bien plus large que le centre d’Athènes.

Au-delà des impulsions colériques des acteurs, le degré et l’intensité des actions conflictuelles reflètent l’incapacité de la gauche radicale à intervenir de manière significative dans le cours des événements. Le message politique émis par ses représentants s’avère incapable d’exprimer l’explosion et de la canaliser en transformant la colère en espoir. Si cette incapacité confirme provisoirement l’idée d’un « dépassement des avant-gardes », elle a des effets contradictoires sur l’expansion de la révolte. Dans un premier temps, et pour les acteurs du conflit les plus politisés, elle est perçue comme une victoire contre les bureaucraties de tous bords. Mais, dans un second temps, elle ne fait qu’accentuer les interrogations sur la nature de la démarche politique dont le fil est d’ores et déjà tracé par des actions conflictuelles.

Le mardi 9 (jour des funérailles de Grigoropoulos) et le mercredi 10 décembre (jour de grève générale programmée), les actions insurrectionnelles se poursuivent et les questionnements politiques s’intensifient. Deux autres événements significatifs émergent : le durcissement de l’attitude de la police (qui fait usage d’armes à plusieurs reprises, même autour du cimetière, juste après la cérémonie) et l’apparition des premiers « citoyens indignés » [28] (qui agissent surtout en province, contre des immigrés), ainsi que le blocage de l’installation d’une « ambiance insurrectionnelle » dans les lieux de travail, initié par la Confédération générale des travailleurs de Grèce (GSEE). Ses cadres supérieurs optent pour l’apologie de l’action des forces de l’ordre, affirment, dans une lettre adressée au Premier ministre, leur attachement à la politique toujours pacifique et légale des travailleurs et annulent la manifestation « traditionnelle » et annuelle contre le vote du budget de l’État. Même si cette décision n’a aucun effet sur les acteurs du conflit, elle écarte les perspectives de propagation du conflit chez des travailleurs restés encore réticents.

De jeudi 11 au samedi 13 décembre, les flux insurrectionnels sont interrompus. Malgré la poursuite des actions conflictuelles, il est évident que l’esprit de révolte des jours précédents commence à s’estomper, sans doute en raison de l’épuisement de la colère sans médiation comme motif politique suffisant de l’intensification de la conflictualité. Et cette potentialité se cache encore derrière le reflux de la révolte.

Il n’en reste pas moins significatif que les actions polymorphes et innovantes se poursuivent jusqu’au 17 décembre, date du retrait des élèves et du début de la phase finale de la révolte : occupation des stations de radio et des chaînes de télé, interventions dans des salles de spectacle, actions coup-de-poing dans le métro, manifestations artistiques sur des sites archéologiques, etc. Nous arrivons ainsi à l’autre dimension temporelle des actions insurrectionnelles : leur héritage.

Décembre : événement critique et transformatif ? La révolte de décembre peut-elle constituer un événement critique et transformatif pour l’avenir de la politique conflictuelle en Grèce ? Même si cette question reste nécessairement ouverte et sans réponse immédiate – dans la mesure où nous nous abstenons de toute tentative de futurologie –, il nous paraît tout à fait légitime d’évoquer certaines conditions d’une telle potentialité.

Dans ce contexte, nous ne pouvons pas occulter la naissance d’un nouvel élan conflictuel, dans le sillage de la révolte. En témoignent les actions menées après l’agression à l’acide de la présidente du syndicat des femmes de ménage, Konstantina Kouneva, ainsi que l’émergence d’un nouveau syndicalisme combatif de base dans les secteurs du travail précaire. Le fait que ces actions se perpétuent et/ou en engendrent d’autres dépendra aussi de la façon dont la mémoire de décembre s’inscrit et se construit dans l’« imaginaire collectif » – et dans ce domaine, le rôle de l’interprétation politique intentionnelle demeure. Le sens des événements et des actions est l’enjeu d’une bataille, entre, d’un côté, l’État, les médias, l’intelligentsia « politically correct » et les institutions, et, de l’autre, les réseaux conflictuels et des organisations politiques institutionnelles. Si l’asymétrie de ces forces est flagrante, n’oublions pas que le message politique des réseaux militants peut avoir un rôle autrement plus significatif que leur statut politique, et que le timing d’une révolte reste imprévisible : des événements à forte charge émotionnelle, dans un contexte de crise profonde, peuvent provoquer des actions insurrectionnelles sans aucun préalable et sans présupposés politiques.

Il ne faut pas exclure non plus que la stratégie de diabolisation de décembre par le système politique formel – qui est discrédité – puisse avoir des effets contraires et se métamorphoser en source « par excellence » de légitimation ou légitimité de ses formes conflictuelles. La manière dont les acteurs procèdent au récit de leur histoire est souvent imprévue.

 

Notes


[i] F.F. Piven, R.A. Cloward, « Normalizing Collective Protest », in A.D. Morris and C. McClurg Muller (éd.), Frontiers in Social Movement Theory, New Haven, CT, Yale University Press, 1992, pp. 301-325.

[ii] R.D. Benford, S.A. Hunt, « Dramaturgy and Social Movements : The Social Construction and Communication Power », Sociological Inquiry 62, 1992, pp. 36-55.

[iii] P. Bourdieu, Esquisse d’une théorie de la pratique, Genève, Droz, 1972 ; D.A. Snow, D.M. Cress, L. Downey and A.W. Jones, « Disrupting the ‘Quotidian’, Reconceptualizing the Relationship Between Breakdown and the Emergence of Collective Action », Mobilization 3, 1998, pp. 1-22.

[iv] En Grèce, par exemple, même si, depuis des années, des cas innombrables de violence répressive accrue exercée par les autorités contre les immigrés ou les manifestants sont connus, ils sont également interprétés dans l’imaginaire collectif comme des « incidents banalisés », faisant partie intégrante du répertoire répressif.

[v] D. McAdam, Political Process and the Development of Black Insurgency, 1930-1970, Second Edition, Chicago, University of Chicago Press, 1999.

[vi] Il s’agit de l’avocat du policier, qui a soutenu la thèse d’un meurtre involontaire, survenu par le ricochet d’une balle et qui a déclaré publiquement que « si Grigoropoulos devait mourir, c’était à la justice de le décider ! »

[vii] D. McAdam and R.R. Aminzade, « Emotions and Contentious Politics », in R. Aminzade, J. Goldstone, D. McAdam, E. Perry, W. Sewell, S. Tarrow, and C. Tilly (éd.), Silence and Voice in the Study of Contentious Politics, New York and London, Cambridge University Press, 2001, pp. 14-51, 31.

[viii] L. Kotronaki, « Quand le deuil se révolte… », Epochi, janvier 2009.

[ix] W. Sewell, « Historical Events as Transformations of Structures : Inventing Revolution at the Bastille », Theory and Society, 25, 1996, pp. 841-881.

[x] Par analogie au concept de « transgressive contention » de D. McAdam, S. Tarrow, C. Tilly, Dynamics of Contention, Cambridge/New York, Cambridge University Press.

[xi] Il s’agit du processus de transformation qualitative et quantitative des actions collectives coordonnées, d’expansion de la conflictualité au-delà de son lieu de déclenchement et de mise en relation des revendications et des identités parallèles (D. McAdam, S. Tarrow et C. Tilly, Dynamics of Contention, op. cit. ; D. McAdam and S. Tarrow, « Scale Shift in Transnational Contention », in D. della Porta, S. Tarrow (éd.), Transnational Contention, Boulder, CO, Rowman and Littlefield, 2005 ; M. Diani, D. McAdam (éd.), Social Movements and Networks : Relational Approaches to Collective Action, Oxford, Oxford University Press, 2003).

[xii] J.A. Goldstone and C. Tilly, « Threat (and Opportunity) : Popular Action and State Response in the Dynamics of Contentious Action », in R. Aminzade, J. Goldstone, D. McAdam, E. Perry, W. Sewell Jr., S. Tarrow, and C. Tilly (éd.), Silence and Voice in the Study of Contentious Politics, op. cit., pp. 179-195.

[xiii] C. Tilly, S. Tarrow, Contentious Politics, Londres, Paradigm Publishes, 2007.

[xiv] D’après J.M. Jasper, J.D. Poulsen (« Recruiting Strangers and Friends : Moral Shocks and Social Networks in Animal Rights and Anti – Nuclear Protests », Social Problems 42, 1995, pp. 493-512 ; voir aussi J.M. Jasper, « The Emotions of Protest : Affective and Reactive Emotions in and around Social Movements », Sociological Forum 13, 1998, pp. 397-424), il y a choc moral quand un événement ou une information imprévue provoque à grande échelle un sentiment d’injustice si fort qu’il peut, à son tour, provoquer des actions collectives et mobiliser des populations jusqu’alors inactives ou peu habituées à l’action politique.

[xv] L. Kotronaki, « Répertoires de démocratie par en bas, répertoires de répression du mouvement altermondialiste. Le jeu des miroirs relationnels », in S. Seferiades, D. Charalampis (éd.), Le fonctionnement démocratique au point charnière : défis et menaces aux débuts du XXIe siècle, Athènes, à paraître.

[xvi] W. Jr. Sewell, « Space in Contentious Politics », in R.R. Aminzade, J. Goldstone, D. McAdam, E. Perry, W. Sewell, S. Tarrow, C. Tilly (dir.), Silence and Voice in the Study of Contentious Politics, op. cit.

[xvii] S. Seferiades, « Politique du conflit, actions collectives, mouvements sociaux : une esquisse », Revue des Sciences Politiques Grecque, mai 2006, pp. 7-42.

[xviii] J. Iakovidou, K. Kanellopoulos, L. Kotronaki, « The Greek Uprising of December 2008 », Situations, à paraître.

[xix] T. Kostopoulos, D. Trimis, A. Psarra, D. Psarras, « L’histoire d’un ‘faux État’ », Kiriakatiki Eleftherotypia, 13 mai, 2007.

[xx] I. Katznelson, « Working-Class Formation : Constructing Cases », in Katznelson I., Zolberg A. (éd.), Working-Class Formation. Nineteenth-Century patterns in Western Europe and the United States, Princeton, Princeton University Press, 1986, pp. 3-41, 17-19.

[xxi] D.J. Myers, « The Diffusion of Collective Violence », American Sociological Association, 1996.

[xxii] H. Lefebvre, La Production de l’espace, Paris, Gallimard, 1973 ; M. Castells, The City and the Grassroots, Berkeley, The University of California Press, 1983 ; D. Harvey, Consciousness and the Urban Experience, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 1985.

[xxiii] R.V. Gould, Insurgent Identities. Class, Community and Protest in Paris from 1848 to the Commune, Chicago, The University of Chicago Press, 1995.

[xxiv] S. Seferiades, « Actions collectives, pratiques de mouvement : la ‘courte’ décennie des années 1960 en tant que cycle conflictuel », in A. Rigos, S. Seferiades, E. Chatzivasiliou (éd.), La « courte » décennie 1960 : cadre institutionnel, stratégies de parti, conflits sociaux, élaborations culturelles, Athènes, Kastaniotis, 2007, pp. 57-77.

[xxv] D.J. Myers, « The Diffusion of Collective Violence », op. cit.

[xxvi] W. Jr. Sewell, « Space in Contentious Politics », in R.R. Aminzade, Goldstone J., McAdam D., Perry E., Sewell W. Jr., Tarrow S., Tilly, C. (éd.), Silence and Voice in the Study of Contentious Politics, op. cit.

[xxvii] Ibid., p. 100.