Dimitris Psarras, Aube dorée. Le livre noir du parti nazi grec

par panos

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Dimitris Psarras, Aube Dorée. Le livre noir du parti nazi grec, Syllepse-M Éditeur, 2014 (gr-fr)

(Δημήτρης Ψαρράς, Η Μαύρη Βίβλος της Χρυσής Αυγής, Πόλις, 2012)

ISBN : 978284950424, pages 240

Ici, la préface de Dimitris Psarras à l’édition française, ainsi qu’un extrait du premier chapître :

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Préface à l’édition française

 

Lors de la parution du livre en Grèce, en octobre 2012, ses informations et les documents auxquels il faisait référence ont créé la surprise et amorcé les débats. Même si l’organisation nazie Aube dorée comptait déjà plus de trois décennies d’existence, la grande majorité des Grecs méconnaissait son activité et surtout son caractère criminels.

Un an plus tard, Aube dorée s’est retrouvée dans le collimateur des autorités et de la justice – restées jusqu’alors indifférentes à son endroit –, ainsi que sous le microscope des medias – qui, jusqu’alors, reproduisaient inconsidérément sa propagande tout en faisant des exploits des sections d’assaut un nouvel effet de «mode».

Depuis le 28 septembre 2013, le noyau dirigeant d’Aube dorée fait face à de très lourdes charges criminelles (violences physiques, meurtres, chantages ou encore blanchissement d’argent. Les conclusions émises par les juges d’instruction de la Cour suprême font clairement état de «constitution et [d’]appartenance à une organisation criminelle». Si le Chef d’Aube dorée et certains de ses collaborateurs les plus proches ont été placés en détention provisoire, l’enquête se poursuit. Elle révèle, jour après jour, de nouvelles circonstances aggravantes pour de nombreux cadres politiques de l’organisation.

Entre-temps, le Parlement a décidé de la suspension du financement public d’Aube dorée et les partis politiques ont enfin engagé des débats sur les mesures à prendre pour défendre la démocratie contre l’offensive du nazisme organisé.

Que s’est-il passé au cours de cette année? Comment l’indifférence et la tolérance à l’égard de la violence raciste quotidienne pratiquée par Aube dorée se sont-elles subitement transformées en un étonnant éveil des dispositifs de l’État? Il se trouve que nous avons eu le premier mort grec, le rappeur antifasciste Pávlos Fýssas, âgé de trente-quatre ans. Il a été poignardé en plein cœur le 18 septembre 2013 dans une banlieue du Pirée par un responsable d’Aube dorée, lors d’une opération de la section d’assaut locale. Jusqu’à ce jour-là, les victimes d’Aube dorée n’étaient que des immigrés, des cibles «invisibles» et «anonymes»…

Cet assassinat de sang-froid a déclenché une révolte citoyenne. Sous la pression des manifestations antifascistes de masse, le gouvernement fut obligé de mettre fin à la politique de tolérance à l’égard de l’organisation nazie et de prendre les mesures qu’il aurait dû prendre depuis bien longtemps. Des mesures qui auraient dû être prises avant qu’Aube dorée, profitant de l’effondrement accéléré au cours des trois dernières années de l’État social et du système politique, ne dispose de l’influence qui est actuellement la sienne.

À la pression de la rue sur le gouvernement s’est ajoutée la pression de l’étranger. Non pas des «centres suspects», comme le suggèrent les dirigeants d’Aube dorée encore en liberté, mais de l’opinion publique internationale, qui s’exprime à travers les organisations de défense des droits de la personne.

Ce qui a également joué un rôle de catalyseur, c’est la décision d’Aube dorée de faire monter d’un cran la violence exercée dans tout le pays contre tous ceux qu’elle qualifie des «sous-hommes». Une semaine avant l’assassinat de Pavlos Fýssas, une autre section d’assaut avait attaqué des membres du KKE (Parti communiste grec) qui collaient des affiches pour la Fête annuelle de l’organisation de jeunesse du parti. Dans la nuit du 11 septembre 2013, 50 militants d’Aube dorée ont encerclé les colleurs d’affiches et les ont violemment attaqués à coups de bâtons à clous. Dix militants ont été hospitalisés avec de graves blessures à la tète. Quelques jours plus tard, le 15 septembre, Aube dorée a lancé une opération commando pour le moins inhabituelle. Lors d’une commémoration organisée à Meligalas[i] (Péloponnèse), un lieu hautement symbolique pour

l’extrême droite. La section d’assaut d’Aube dorée, députés en tète, a pris pour cibles les personnes présentes, lesquelles étaient toutes associées à des organisations de droite et d’extrême droite!

Le message était clair: Aube dorée se lançait dans la bataille pour l’hégémonie symbolique en attaquant désormais ouvertement les forces de la gauche organisée[ii], sans plus épargner dorénavant celles de la droite.

Ce saut qualitatif par rapport aux actions habituelles est aussi l’illustration de sa véritable stratégie. Celle-ci n’est pas sans rappeler la «stratégie de la tension» («strategia della tensione») mise en œuvre par l’extrême droite italienne dans les années 1970 avec l’implication des services secrets. À l’époque, cette « stratégie » visait à provoquer par la violence aveugle des affrontements de rue, de manière à couper les avant-gardes politiques du mouvement social de masse et à favoriser l’émergence de l’«État profond» (services secrets, police, armée, juges liés au pouvoir) dans le but de déclarer l’état d’urgence et d’instaurer un régime autoritaire. Une telle « stratégie » correspond parfaitement à la recherche de l’État national racial (völkisch) auquel aspire ouvertement Aube dorée.

De son côté, le parti nazi grec cherche à provoquer par ses interventions musclées une violente réaction organisée de ses adversaires: d’abord les immigrés, puis les organisations de gauche et, enfin, le mouvement antifasciste. C’est ce qu’avait expliqué Ilías Panagiotaros, un dirigeant de l’organisation, à la BBC, en évoquant une «guerre civile de type nouveau» opposant les «nationalistes à tous ceux qui aspirent à la Grèce d’antan» et aux «immigrés clandestins, anarchistes et autres gauchistes qui détruisent le pays », une guerre qui va bientôt se solder par «une révolution et la prise du pouvoir par Aube dorée et ses alliés ».

Dans le même entretien, il n’omettait pas de préciser que son organisation était «soutenue par 50% ou 60% des agents des forces de l’ordre». Il semble donc que les agressions contre les organisations de droite et d’extrême droite ont eu lieu alors que l’organisation se sentait suffisamment forte, y compris dans le contrôle de quelques fractions de l’appareil d’État. Cependant, cela s’est avéré une erreur à la fois tactique et stratégique et, du moins pour l’instant, il semble qu’Aube dorée va en payer le prix fort.

Seulement, cela ne signifie pas que la Grèce s’est débarrassée du cauchemar d’une puissante organisation nazie. Certes, les violences racistes nocturnes ont enregistré une baisse considérable. D’après le rapport annuel du Réseau de recensement des violences racistes, pendant les trois mois qui ont suivi l’assassinat de Pávlos Fýssas et la mise en détention provisoire des dirigeants d’Aube dorée (octobre-décembre 2013), seuls 18 cas de violence raciste ont été enregistrés au lieu des 149 au cours des trois premiers trimestres de l’année. Selon les rédacteurs du Rapport, « au-delà de sa dimension positive, la diminution importante du nombre des agressions racistes par rapport aux mois précédents confirme [leurs] données et [leurs] conclusions à propos de l’existence et les activités des sections d’assaut de l’organisation Aube dorée. Force est de constater que les autorités grecques ont beaucoup pris de retard à prendre les mesures adéquates »[iii].

Il n’empêche que, malgré les arrestations du noyau dirigeant de l’organisation, les sondages d’opinion confirment la prévision pessimiste selon laquelle les partisans d’Aube dorée ne sont pas prêts à abandonner le parti. Si les intentions de vote sont en baisse, elles restent importantes et bien supérieures aux 3% nécessaires pour entrer au Parlement. Les mêmes enquêtes d’opinion rendent également évident le fait que, contrairement aux illusions nourries par la propagande gouvernementale, la sympathie dont bénéficie l’Aube dorée n’est pas liée à la question de l’immigration. La montée de l’extrême droite en Grèce s’y explique surtout par le sentiment que «le système politique a trahi le pays» (38,5%), par «la crise économique et financière» (36,3%) et beaucoup moins par «les flux migratoires clandestins et la criminalité» (8,4%)[iv].

Malgré la limpidité de ces constats, le parti Nouvelle Démocratie s’obstine à considérer la question de l’immigration comme étant la seule responsable de la montée d’Aube dorée et renforce sa propre politique anti-immigration en organisant quotidiennement de vastes rafles dans les grands centres urbains et en faisant bâtir de nouveaux camps de rétention où plusieurs dizaines de milliers d’immigrés sont détenus dans des conditions inhumaines pour avoir commis le seul «crime» de traverser le pays sans titres de transit. Une question reste toutefois sans réponse: comment ces Afghans ou ces Syriens auraient-ils pu se procurer de tels papiers?

Au stade où nous en sommes, ce qu’il faut retenir, c’est que le premier pas pour affronter à Aube dorée a été fait. Même s’il voulait le faire, le gouvernement ne peut plus faire marche arrière. Quant aux médias, qui ont été en grande partie responsables de la banalisation, de la mise en valeur et, en fait, du renforcement de l’organisation nazie, ils jouent actuellement des coudes pour « révéler» son caractère criminel.

Le 28 septembre 2013 a, en effet, constitué un tournant considérable dans les rapports d’Aube dorée avec l’«État profond» au service duquel, depuis des décennies, l’organisation nazie s’était mise, tout en y puisant sa force. Jusqu’au moment des premières arrestations, la coalition gouvernementale – et essentiellement le parti de la Nouvelle Démocratie – avait opté pour une politique de réaction modérée par rapport à Aube dorée. En mettant en avant la « théorie » de deux extrêmes, la coalition au pouvoir assimilait la violence criminelle de l’organisation nazie aux mobilisations populaires radicales contre la politique d’austérité, afin de placer dans son collimateur le parti de l’opposition, Syriza.

C’est cette même «théorie des extrêmes» qui avait fourni, après les élections de 2012, le meilleur alibi à Aube dorée. Elle lui avait permis de faire émerger à nouveau, tant à la mémoire de partisans de la droite que dans le débat public, l’ambiance et les souvenirs de la guerre civile, ainsi que tous les stéréotypes de l’État anticommuniste de l’après-guerre. En invoquant la restauration d’un «régime national» analogue, l’organisation nazie a tenté de légitimer et de promouvoir ses propres modalités d’intervention publique, sans jamais cesser de défendre, aussi bien au Parlement que dans la rue, les intérêts du grand capital, et notamment ceux des armateurs grecs.

Pendant la même période, les canaux de communication entre Aube dorée et Nouvelle Démocratie sont restés grand ouverts. Panagiotis Baltakos, le secrétaire général du gouvernement et bras droit du premier ministre Samarás pendant trois décennies, maintenait des rapports directs avec les dirigeants d’Aube dorée, tout en partageant leurs convictions politiques. Cette relation a été révélée de manière spectaculaire le 2 avril 2014, quand Ilías Kasidiáris, le responsable de presse et député d’Aube dorée, a diffusé une vidéo tournée en caméra cachée où on le voyait discuter avec Baltakos. Au cours de cet échange amical et détendu, l’alter ego du premier ministre expliquait que les ministres de la justice et de l’ordre public étaient intervenus auprès de la procureure chargée de poursuites contre Aube dorée pour qu’elle maintienne son noyau dirigeant en détention provisoire. L’opération judiciaire lancée contre Aube dorée était conçue, déclarait-il, pour que Nouvelle Démocratie récupère une partie de son électorat. Baltakos n’oubliait pas pour autant d’affirmer qu’il se désolidarisait de la décision d’ Antónis Samarás et dénonçait tour à tour la procureure de la Cour suprême et les ministres impliqués dans cette affaire.

Si la vidéo a provoqué un scandale, elle a aussi fourni la preuve tangible de la collaboration aussi étroite que souterraine d’Aube dorée avec les plus hautes sphères du pouvoir. Si Baltakos a été obligé de démissionner, il continue de défendre l’idée d’une «grande coalition de la droite» au sein de laquelle les partisans d’Aube dorée auraient toute leur place.

Il ne fait aucun doute que, jusqu’à la date charnière du 28 septembre 2013, Baltakos agissait avec l’aval de Samarás. Son objectif de rapprochement avec Aube dorée était public et ses déclarations volontairement provocatrices, puisqu’il s’adressait systématiquement à l’électorat d’Aube dorée. Et jusqu’à fin septembre 2013, Nouvelle Démocratie a tout fait pour satisfaire les revendications politiques de l’organisation nazie en faisant front commun sur les questions de la naturalisation des ressortissants étrangers et de leurs enfants nés en Grèce, des lois antiracistes et de la politique anti- immigration. Et, en même temps, Nouvelle Démocratie fermait les yeux devant la recrudescence des violences des sections d’assauts. L’assassinat de Pávlos Fýssas a fait tout basculer en engageant la politique de convergence entre la droite et l’extrême droite dans une impasse.

Cette évolution confirme l’isolement politique d’Aube dorée. Ses capacités opérationnelles se trouvent considérablement affaiblies, ses sections d’assaut font profil bas et ses militants se réunissent désormais discrètement, en évitant de se montrer avec leurs t-shirts noirs et leurs treillis militaires.

Toutefois, même si la grande enquête en cours de la justice a paralysé la structure militaire de l’organisation, la lutte contre l’ancrage de ses idées dans la société grecque s’avère une tâche beaucoup plus difficile, puisqu’elle doit au-delà des dispositifs de la justice et de l’État. Car le racisme, l’intolérance, la xénophobie et le nationalisme belliqueux ont plongé leurs racines dans la société grecque bien avant qu’Aube dorée entre de façon fracassante sur la scène politique nationale. Force est de constater qu’il en va de même dans toute l’Europe: le renforcement des formations et des courants d’extrême droite, ainsi que leur radicalité, ne laissent aucune place à l’optimisme.

Une chose est certaine: nous ne pouvons pas attendre que ce phénomène soit voué à s’éliminer de lui-même. Le chemin sera long et difficile pour que les forces de la gauche et de la solidarité l’emportent. J’espère toutefois que, tout au long de ce chemin, la Grèce parviendra à jouer de nouveau un rôle : non plus en tant que laboratoire des politiques d’austérité, mais en tant que laboratoire d’éradication de la peste brune.

Athènes, le 17 avril 2014

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1. Une «Phalange» transformée en parti politique

(Prolégomènes à un cauchemar)

Il nous a fallu deux élections à quelques semaines d’intervalle pour digérer ce qui peu de temps auparavant relevait de l’impensable. La Grèce est devenue le premier pays d’Europe à accueillir dans son Parlement un parti politique ouvertement nazi ayant obtenu le score non négligeable de 7% des suffrages exprimés.

Le brouillard qui avait couvert le pays pendant trois ans, depuis l’éclatement de la crise économique et l’application par les gouvernements d’une politique antisociale inédite au nom du « Mémorandum », se jumelait avec la nuée noire d’une organisation politique qui fait d’Adolf Hitler son idole et de la violence de rue sa méthode d’ascension nationale.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment la Grèce, qui se vantait de sa tolérance et de son hospitalité traditionnelles, est-elle devenue une des sociétés européennes les plus xénophobes ? Comment cette extrême droite grecque, décriée et marginale il y a quelques années encore, parvient-elle à présent à dicter l’ordre du jour politique en imposant ses choix radicaux au système ? Comment avons-nous pu oublier la dictature ? Comment est-il possible que des citoyens de Distomo et de Kalavryta[v]votent pour un parti nazi ? Comment est-il possible que nous tolérions la dérision de l’Holocauste dans un pays dont l’écrasante majorité des citoyens juifs a été exterminée dans les camps de concentration ?

Les questions sont nombreuses et la réponse difficile. Dans ce livre, nous allons tenter d’apporter une première analyse du «phénomène » Aube Dorée en nous appuyant sur les éléments d’une enquête journalistique. Nous allons voir que cette organisation a revêtu des formes multiples depuis sa première apparition publique. Pourtant, pendant trois décennies, son noyau dur est resté le même et son chef de file est aujourd’hui le dirigeant le plus pérenne de l’histoire des formations politiques grecques.

Nikolaos Michaloliakos n’avait que 19 ans lorsqu’il a été accusé pour la première fois d’avoir commis un acte illégal. Il en a 41 quand son sous-chef, à la tête d’une phalange de dix membres de l’organisation, tente d’assassiner trois syndicalistes étudiants. Et, quand la Cour de cassation confirme la condamnation du principal auteur de cet acte, le chef d’Aube Dorée a atteint l’âge de 53 ans. Au cours de ces années, et malgré quelques modifications, ou plutôt quelques travestissements organisationnels, l’orientation de l’organisation est restée inflexible et basée sur les mêmes principes idéologiques et politiques.

Cette orientation est facilement repérable dans les documents et le matériel de propagande de l’organisation. Cependant, pendant bien longtemps, personne n’a semblé disposé à affronter cette organisation telle qu’elle est réellement. Sous le choc que son score électoral a provoqué au système politique et médiatique, tout s’est passé comme si Aube Dorée nous avait tous hypnotisés, nous amenant une fois de plus à nous cacher la tête dans le sable. Aussi bien dans le cas du LAOS de Karatzaferis[vi]après 2004 que dans celui d’Aube Dorée, on est tous prêts à reconnaître, ou au moins à envisager la possibilité, que l’organisation nazie n’ait pas complètement tort. Certains affirment qu’en dernière analyse, elle exprime d’une manière originale la réaction du peuple devant les mesures inhumaines imposées par le gouvernement et la Troïka. D’autres se déclarent stupéfaits de ses performances médiatiques quand, par exemple, elle organise des distributions de vivres ou des banques du sang « uniquement pour les Grecs ».

Mon point de vue et mon point de départ sont tout à fait différents. Je considère que la transformation en un parti politique bienséant d’un groupe nazi ayant fait l’objet de plusieurs décisions de justice irrévocables à la suite d’agressions visant l’«ennemi intérieur», relève d’un grand scandale politique. Si je dresse ici un inventaire détaillé de l’idéologie et de l’action d’Aube Dorée, c’est pour décrypter ce qui se cache derrière les tee-shirts noirs et les gros bras des sections d’assaut de cette organisation.

Les éléments contenus dans ce livre s’appuient en grande partie sur les enquêtes et les reportages effectués par l’équipe des journalistes «IOS» et publiés pendant vingt ans dans le journal «Eleftherotypia» (1990-2010). Sans la contribution de Tasos Kostopoulos, Dimitris Trimis, Aggelika Psarra et Anta Psarra, il aurait été impossible d’avoir une vision complète du parcours de l’extrême droite national-socialiste grecque. Nous avons tous et toutes partagé la même angoisse à propos du développement, tant souterrain que public, du discours raciste et nazi, suivi d’ailleurs, à partir d’un certain moment, d’actes de violence, voire de violence extrême. Tasos a eu le regard propre à l’historien des mouvements d’extrême droite depuis l’entre-deux-guerre à nos jours ; Dimitris a souvent été chargé des reportages les plus difficiles sur les zones d’ombre de cette affaire ; Aggelika a su appréhender le fascisme là où nous, les autres, n’arrivions pas forcément à nous en apercevoir ; quant à Anta, qui n’a jamais cessé de révéler l’action multiforme des nazis, il m’est très difficile de décrire tout ce que ce livre et son auteur lui doivent.

Plusieurs fois au cours de ces dernières années, nous avons eu le sentiment d’être seuls à explorer la thématique en question. Certains nous ont accusés d’«obsession antifasciste» et ils ont eu peut-être raison. Malheureusement, cette «obsession» semble aujourd’hui justifiée.

Notes

[i] NdT : Lors du retrait de la Wehrmacht du Péloponnèse, le 26 août 1944, alors que les milices de collaborateurs grecs refusaient de se rendre, Meligalas (Messénie-Peloponnèse) fut le théâtre de la dernière bataille contre l’Armée de libération nationale (ELAS). Après trois jours de combat, du 13 à 15 septembre 1944, l’ELAS a fini par emporter la victoire. Les collaborateurs furent condamnés à mort et exécutés. La droite et l’extrême droite organisent chaque année à Meligalas des commémorations à la mémoire des victimes.

[ii] NdT : Nous voulons attirer l’attention du public francophone sur l’utilisation et la signification du terme « gauche » dans ce livre. En dépit de sa connotation faisant souvent allusion à un espace politique et idéologique lié, occupé ou représenté en France par le Parti socialiste, nous utilisons ici le terme « gauche » avec la signification qu’il a en grec depuis les années 1980, pour désigner l’espace politique et social, les formations, les idées et les pratiques situées à la gauche du Pasok.

[iii] Réseau de recensement des violences racistes, Rapport annuel 2013, 2 avril 2013.

[iv] GPO, « Enquête d’opinion nationale sur les évolutions politiques », Mega, octobre 2013.

[v] NdT : Kalavryta et Distomo sont des localités où les troupes d’occupation nazies ont perpétré des massacres de civils en représailles à des attaques des partisans. À Kalavryta, le 13 décembre 1943, toute la population mâle âgée de plus de 12 ans, soit plus de 700 personnes, a été éxécutée à la mitrailleuse et la ville entièrement incendiée. À Distomo, le 10 juin 1944, 218 hommes, femmes et enfants ont été tués par les Waffen-SS pendant une opération sommaire de porte-à-porte.

[vi] NdT : L.A.O.S. (Laïkos Orthodoxos Synagermos : Alerte populaire orthodoxe), partid’extrême droite souverainiste, fondé en 2000 par Georgios Karatzaferis, exclu du parti de droite Néa Dimocratia (N.D. : Nouvelle Démocratie). Aux élections législatives de 2004, LA.O.S. recueille 2,20 % des suffrages sans obtenir de député. Aux élections législatives de 2007, il recueille 3,8 % des suffrages et emporte 10 sièges. Lors des élections législatives de 2009, il obtient 5,63 % et 15 députés. Le 11 novembre 2011, le LA.O.S. participe avec le PASOK et la ND au gouvernement de coalition de Papadimos, et aux élections législatives de 2012, il perd tous ses sièges, n’obtenant que 2,9 % des suffrages exprimés.

 

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